Il est si Elle

Je me réveille, la peur au ventre

J’ai peur de me lever,

Mais je n’ai pas peur de la réalité

Car elle n’est pas prête de disparaître.

Comme un robot je me dirige dans la cuisine,

Je prépare mon café,

Tout en laissant mon esprit divaguait.

Mes yeux fixant mes jambes si fines.

Je bois mon breuvage à petites gorgées,

Ma vision se trouble,

Je vois double.

Pourtant il faudra bien, je ne peux l’éviter.

Doucement mais sans envie,

Je me dirige vers la salle de bain,

Cauchemar de tous les matins.

Triste destin, triste vie.

Je glisse dans l’eau moussante,

Je ressens comme une caresse,

Instant d’une immense tendresse.

Dans cette solitude intime et si envahissante.

J’aimerais que le temps s’arrête,

Que respirer ne me fasse pas souffrir,

Oublier ce que je dois subir.

Que de sacrifices pour être prête.

Je sors difficilement de ma torpeur,

Épongeant l’eau qui ruisselle sur mon corps,

Que cet instant dure encore, et encore.

Car la suite ne sera que douleur.

Je prends mon courage à deux mains,

Mais que ce moment est difficile,

Alors que pour toi il est si anodin, si facile.

Et qu’il me faudrait le refaire demain.

Enfin je me regarde dans la glace,

Je ne m’attarde pas sur mon visage,

Et pourtant la glace me renvoie bien mon image.

Déjà me regarder me lasse.

J’enduis ma peau de mousse,

Machinalement, sans même savoir,

Sans réellement  voir mais sentant la lame du rasoir.

J’ôte avec dégoût cette mousse.

Depuis ma puberté,

Je ne puis éviter ce calvaire,

Je vis comme dans un enfer.

Je m’accepte, mais toi peux–tu, veux-tu m’accepter ???

M’admettre telle que je suis,

Avec cette enveloppe corporelle si masculine,

Mais l’intérieur celui d’une femme si féminine.

Effectivement Il est Elle et c’est ainsi.

                                                                            Écrit par Touty d'après les pensées de Sophie.